Noël en Provence

Les traditions de Noël

Le temps de Noël en Provence-Alpes-Côte d’Azur s’égraine de fêtes et de traditions. La Sainte Barbe et le blé de l’espérance, la Sainte Luce et ses lampions, la crèche et ses santons, les rites culinaires avec le gros souper et les treize desserts, le pastrage et la pastorale, pour se terminer par l’Épiphanie et la Chandeleur…

La Sainte-Barbe

L’almanach provençal nous apprend que Sainte Barbe vivait au IIIème siècle. Patronne des mineurs et des artificiers, on la fête le 4 décembre. Ce jour-là, on sème dans plusieurs soucoupes, sur une couche de mousse fraîche, quelques grains de blé et des lentilles arrosés d’un peu d’eau.

Pendant les 20 jours qui séparent la Sainte Barbe de Noël, et c’est le premier plaisir de cette période, ces graines germeront et formeront de jolies touffes vertes, prémices des moissons futures.

Le 25 décembre, si les grains ont bien germé on dit que la récolte sera bonne ; si les grains ont pourri, il faut s’attendre à de tristes moissons ! La plus belle des soucoupes sera placée sur la table de Noël, les autres iront dans la crèche, parmi les rochers et les buissons.

La Sainte Luce

La Sainte Luce qui a lieu le 13 décembre célèbre le premier sursaut de l’hiver avant le solstice du 21 décembre. Célébrer l’hiver est un moyen de s’en faire un ami… L’arrivée de l’hiver est donc annoncée par la cueillette du gui et du houx, qui doivent leur sacralisation à des vieilles croyances pré-chrétiennes. Le gui chez les druides avait un pouvoir miraculeux, on le suspend avant Noël au-dessus des portes en signe de paix et de bienveillance. Le houx a une forte signification spirituelle, il représente le buisson-ardent de Moïse et la couronne d’épines du Christ. Il détient un pouvoir contre la sorcellerie.

L’arrivée de l’hiver annonce le froid et par la crainte du gel donne lieu à toutes sortes de superstitions. À la Sainte Luce allumer des lumières (bougies, lampions…) à sa fenêtre est une façon de conjuguer les mauvais sorts de l’hiver.

La crèche

Dès la Sainte-Barbe passée, on peut “faire la crèche”. C’est un moment important de la vie familiale en Provence où le santon se transmet de père en fils. La crèche est une “mangeoire en forme de caisse plus ou moins longue et montée sur pied, qui, éventuellement, pourrait servir de lit”. Il semble que la crèche soit fort ancienne ; on accorde son invention à Saint François d’Assise qui fit représenter dans une étable abandonnée le jeu de la Nativité par des personnages et des animaux vivants.

Avec la Révolution, l’usage naquit de faire une crèche dans chaque foyer et cette belle tradition provençale ne tarda pas à gagner toutes les régions de France. La crèche authentique est en fait une représentation idéale du village provençal où chacun a sa place y compris les animaux domestiques. Le décor est une projection, en deux parties, de la vie communautaire avec ses maisons, son puits, son four, l’eau du moulin, la neige, les pins, les oliviers, le ciel illuminé… et une étable avec l’enfant Jésus, la Vierge Marie, Joseph, l’âne et le bœuf, l’étoile à queue de comète qui guidera plus tard les Rois Mages, et la foule qui vient leur rendre visite. On “défait” la crèche le jour de la Chandeleur.

Les santons

Mais la crèche, c’est avant tout le santon… Tous les santons, du provençal “santoun” qui signifie “petit saint”, sont issus d’un moule original représentant de multiples personnages populaires provençaux que le santonnier laisse sécher avant de les vernir. Il fabrique ensuite un moule en plâtre, plus rarement en résine. Le santon est ensuite ébarbé au socle et dans son pourtour avant une deuxième pression à la main sur le moule : on le laisse sécher à l’ombre puis on l’ébarbe à nouveau une fois sec. On peint à la gouache les couleurs les plus claires, donc le visage, puis les plus foncées. Le premier santon est d’origine marseillaise, le moule le plus ancien étant celui de Lagnel. Il est présenté au musée du Vieux Marseille (maison Diamantée).

Il existe, en gros, 3 tailles de santon : le santon puce haut de 1 à 3 cm environ, le santon traditionnel de la hauteur d’un pouce et le grand santon qui peut atteindre 18 à 20 cm. Certains d’entre eux peuvent être habillés. Ils sont alors généralement de grande taille. Tous ces personnages entourent l’enfant Jésus, Marie, Joseph et les Rois Mages mis en place le 6 janvier.

Chaque santonnier créé quelques types en s’inspirant du folklore et de la tradition comme le berger offrant l’agneau, rappel du partage, et de la femme à la poule noire dont le bouillon était recommandé aux nouveau-nés. Ainsi, on retrouvera parmi ces silhouettes tous les petits métiers du siècle dernier, en tout une cinquantaine aux noms tellement évocateurs !

• Roustido, la sympathique bourgeoise au parapluie rouge tenu par son mari.
• Bartomiou, incorrigible ivrogne, coiffé d’un long bonnet de coton qui présente à l’Enfant Jésus une morue plate et sèche.
• Pistachié, le grand dadais qui conduit un âne chargé de sacs de blé.
• Lou Ravi, qui lève les bras au ciel, en signe d’admiration.
• Le boulanger et son panier de fougasses.
• Et la marchande d’ail, la poissonnière, les valets de ferme portant la lanterne, le pêcheur et son filet sur l’épaule, les adorants (personnages à genoux), etc.

Le santon est un phénomène purement provençal qui s’intègre totalement dans les traditions calendales. Naïves et drôles, familières mais dignes, ces petites figurines font depuis longtemps la joie des enfants de Provence avant d’intriguer, puis d’attendrir les adultes.


2ème partie : La veillée de Noël – 3ème partie : Les marchés de Noël

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