Itinéraire 11 : Les routes de la lavande, de Carpentras à Grasse

DownloadHerunterladenDownload [NL]Scaricare

Distance : 421 km | Durée : 3 à 4 jours | Niveau : moyen

philippe_chaninPhilippe Chanin
Journaliste
Reporter indépendant spécialisé moto, il n’a de cesse d’arpenter les routes de sa région PACA.

« Je prends autant de plaisir à lézarder nez au vent à bord d’une grosse GT qu’à visser la poignée en coin sur un circuit de vitesse ».


Pour les plaisirs des sens, les Routes de la Lavande vous entraînent dans leur grande traversée, du Vaucluse aux Alpes-Maritimes. Jamais au grand jamais, vous n’aurez tant apprécié la moto qu’en vous fondant dans ces paysages où l’émerveillement des yeux prend toute sa dimension lorsque montent au nez des fragrances uniques.

C’est presque banalement, en sortant de l’autoroute « des Vacances », que débute notre itinéraire à hauteur de Carpentras. Au départ, dans la plaine, règnent les vergers. L’été, saison de floraison des lavandes, est la période rêvée pour réaliser ce tracé. Après les cerisiers, sur la D177, Venasque, perchée sur son rocher, annonce l’arrivée du relief. Nous sommes dans le Luberon où l’Abbaye de Sénanque, mondialement connue, mérite votre premier arrêt avant de pouvoir jouir, le mot n’est pas trop fort, du panorama en trois dimensions qu’offre le village de Gordes. On y accède en cheminant entre les murs de pierres sèches dont sont faites les bories, petites cahutes des temps anciens symboliques du lieu. Plus loin, sur la D2, on frôle Roussillon, enjôleuse et teintée de rouge, comme Toulouse de rose. Rater la visite des fascinantes carrières d’ocre serait un sacrilège. Très vite le sceptre vire au bleu, enjolivant les bastides lorsque les premières lavandes se mêlent aux coquelicots à l’approche de Saturnin-lès-Apt. La D943 qui suit est chaotique, sauvage et toujours déserte. Elle s’élève au-dessus de la plaine avant d’aborder la vallée où les paysages, piqués de petits et grands champs bleutés, exultent à la belle saison. S’ensuit une végétation de maquis, sèche et fournie, qui guidera votre route jusqu’au château de Javon.

Du géant de Provence à la capitale de la lavande

Sur 20 kilomètres, l’immersion dans le bois du Défens fait naître une impression de solitude qui s’estompe à peine quand déboule sur la gauche l’impressionnant Mont Ventoux.

Sa silhouette vous escortera jusqu’à Sault, capitale d’une lavande qui se manifeste à la vue comme au flair sous la forme de trouées colorées embaumant l’atmosphère chauffée à blanc. En traversant le minuscule hameau de Saint-Jean de Bourgade, un panneau « contrôles de vitesse fréquents » prête à sourire. Sault est annoncée. Vous pourrez à nouveau y voir le Géant de Provence, en terrasse sur la promenade, devant un verre ou un plat. Que c’est beau la vie ! chantait Ferrat. Peut-être aurez-vous alors envie d’emboîter la roue de ces innombrables cyclistes débutant ici l’ascension de leur vie. Autour de la D30, refaite à neuf, les champs de lavande partagent leur emprise avec des champs de blé. Bientôt, les radars (militaires) du plateau de l’Albion pointent leurs grandes oreilles vers le ciel. Photos interdites, « Big Brother is watching you ». Sur le plateau de l’Albion, très peu de maisons, mais des chèvres, des producteurs de miel et des lavandes à foisons, matures au début des vacances, avant qu’on les récolte entre mi-juillet et mi-août. Arrêtez-vous, asseyez-vous, regardez autour de vous et respirez les senteurs enivrantes !

Point de mire sur les lavandes

A Saint-Christol, prenez la D166 à gauche et quittez le Vaucluse pour les Alpes-de-Haute-Provence. Surtout, ne vous laissez pas happer en croisant la « grande » route d’Apt. Poursuivez les chemins de traverse via la D18 vers

Saint-Michel-l’Observatoire, la bien nommée. Sur cet itinéraire oublié, il n’est pas impossible que vous croisiez une ou deux voitures, probablement allemande, hollandaise peut-être. Revest-des-Brousses, attention goudron fondant, glissant, déformé par les rayons du soleil. Souvent, la vision de quelques lavandes sur leur lopin de terre jaillit, tel le mirage dans un halo de chaleur. Pour soulager le corps et réveiller l’esprit, des chênes viennent encadrer la route sur laquelle ils projettent la fraîcheur des ombrages. La D5 est plus large. Saint-Michel, son centre d’astronomie, puis la D4100 tracée en rouge sur la carte. Deux kilomètres après Mane, vous apercevrez Forcalquier fière sur son python ; presque une grande ville après tant de petits villages. Au-delà, prenez gare aux radars (routiers) mobiles jusqu’à la D4 que nous avons préférée à la D4096 pour rallier Manosque. Cap à l’Est toujours par une route agréable, dégagée : voilà des amandiers, puis des champs de blé ; Valensole est en point de mire.

Son plateau est un haut lieu des lavandes. Laissez votre regard courir à perte de vue sur cette mer d’épis bleus ondulant sous le vent. Et humez leur parfum délicat jusqu’à vous en imprégner. Les lavandes qui défilent autour de vous occupent quasiment tout l’espace. Vous êtes prêts ?

Prudence

Adieu plateau, on continue par Valensole dont vous allez viser l’étroite rue « principale » et, trois kilomètres après, par la D15 (qu’il ne faut pas rater) menant à

Allemagne-en-Provence. Une tranche de plaisir que cette petite route, encore et toujours déserte, qui vire et tournicote dans une agréable chênaie. Après Riez, une série de virages en crochet a dû mettre plus d’un motard KO : Attention, Danger, 90° brutaux (non) annoncés ! Avant Mézel, au bord de la D952, une Maison de Pays vante l’artisanat et les produits de terroir du Verdon. Riez. Puisque nous parlions de crochets, je vous propose d’en faire un, cette fois touristique. Il faut approcher Digne par la D907 que vous aborderez comme une étape de liaison (comprenez une grande route) avant le col de l’Orme où la N85 se transforme en circuit de vitesse qu’on aimerait voir en tant que tel. Ne vous y amusez pas, car les radars, fixes et volants, veillent ! Juste avant Fontenelle, adieu grand axe. Mais la D117, que vous devez prendre, n’est pas indiquée. Elle débute face aux panneaux Malija et Mallemoisson placés sur la voie opposée. C’est le retour dans la vraie vie, sans le stress des autos.

De la route du temps à celle de Napoléon

Après 13 km, Thoard apparaît. Montez jusqu’à ce village, où vous pourrez admirer les champs de lavandes s’étalant à vos pieds. Et buvez un coup frais avant de poursuivre la boucle sur la D3, classée Route du Temps par la réserve géologique de Haute Provence. Si elle secoue un peu, rien n’y laisse penser que nous sommes au XXIème siècle. Descendez le col du Bonnet parmi les chênes et vous revoilà sur la N85 pour un chemin à l’envers jusqu’à Châteauredon, où vous la poursuivrez. Versant dans le grandiose, les hautes paroies de la clue de Chabrière donnent le frisson, puis la route suit les rails du fameux petit train des Pignes. A Barème, Saint-André-les-Alpes est indiquée à gauche par la N202. Allez-y. En été, la route n’est pas encombrée par la neige. En regardant vers le nord on imagine les premières stations de ski, alors que 40 km au Sud par la voie des airs, quelques vautours, imperturbables, font des cercles au-dessus du plus célèbre canyon d’Europe. A Saint-Julien,  optez pour la D955 et laissez vous glisser sur 15 km au fil du Verdon qui va bientôt s’agrandir pour former le lac de Castillon. Courbes divines au-dessus d’une eau turquoise, barrières de sécurité doublées d’un intelligent tube plastique et fraîcheur bienvenue : un paradis pour les motards, qui regretteront simplement que la baignade soit ici prohibée.

Castellane, avec la vie, les commerces, les touristes et les sportifs d’eau vive vous allez vous ré acclimater à la civilisation. La descente vers Sud s’effectue par la Route Napoléon (D4085, puis D6085). N’en rêvez plus, vous y êtes ! Luens, Valfière, enchaînez les cols sans trop vous prendre au jeu, mais songez que ceux du Monte-Carlo sont tous prêts, imaginez qu’en hiver, le blanc remplace souvent le vert et passez, sans vous retourner, devant la grande prison perdue dans un paysage calcaire à couper le souffle. Au loin, en bord de mer, l’étonnant immeuble de Marina Baie des Anges indique que la fin du voyage est proche. D’ailleurs, vous pénétrez dans Grasse, ville des fleurs et des parfums. Oubliez le cuir, le casque et accoudez-vous au balcon de la Côte d’Azur qui domine la Méditerranée, avant de visiter quelque fabrique réputée d’où vous rapporterez un parfum. Ensuite, et seulement ensuite, vous pourrez sagement rentrer au bercail, conter à vos amis votre merveilleux périple.

Itinéraire crée en partenariat avec les Routes de la Lavande.

Téléchargement

gps-garmingps-tomtomgps-googleearth

Laisser un commentaire