La pétanque

La Ciotat dans la légende

Ce matin là, Jules « Le Noir » s’est levé de fort mauvaise humeur. Malgré le temps chaud et sec, ses rhumatismes refusent de le laisser en paix. Il fulmine. On attend du beau monde, cet après-midi, sur le terrain de boules de La Ciotat : « La longue, c’est bien fini pour moi. Avec des jambes dans cet état, je ne suis plus bon à rien. Je serai encore obligé de faire comme les vieux : m’asseoir dans un coin et regarder ». Pourtant, il n’y a pas si longtemps encore, Jules faisait honneur au Jeu Provençal.

Pétanque © V.Lucas

Pendant quelques secondes, il fixait intensément le cochonnet, petite bille de bois distante de 15 à 20 mètres des joueurs. Puis, en champion respecté, il s’élançait, le bras souple, le geste ample, ouvrant sa main à la dernière seconde pour libérer la lourde boule de fer. Un pas pour pointer, le plus près possible du cochonnet, trois pas pour tirer et déloger les boules de l’équipe adverse. Jules soupire. A l’époque, ses jambes ne lui faisaient pas défaut, alors qu’il doit désormais se contenter du rang de spectateur, ponctuant le jeu de quelques remarques bien senties.

Ce 8 juillet, les joueurs sont bons, mais l’ancien champion s’ennuie. Depuis son banc, nostalgique, le regard sombre, le geste las, il envoie machinalement rouler ses boules à quelques mètres de lui. De l’autre côté du terrain, Ernest Pitiot l’observe attentivement. Unijambiste, il partage la même passion pour la « longue ». Comme Jules, il a dû renoncer.

« Oh, arrêtes de ruminer », lance Pitiot. « Allez, prends tes boules, on va jouer différemment ». Jules lève la tête : « Non mais, tu nous as vu ? Tu veux qu’on y joue comment, à la longue ? ». « Comme tu viens de le faire », répond l’unijambiste, « Les pieds tanqués par terre ».

En ce début du mois de juillet 1910, deux invalides venaient d’inventer la pétanque

La pétanque, un loisir qui demande peut-être moins de condition physique que la longue, mais au moins autant d’adresse et de concentration. Comme à la longue, on y joue à un contre un ou bien en équipe de deux ou trois, avec des boules de 650 à 800 grammes, jadis en bois clouté, aujourd’hui en acier.

Devenue un sport à part entière, la pétanque a supplanté le jeu provençal par le nombre de ses adeptes – même si ce dernier reste le favori des puristes – et à fait des passionnés dans le monde entier. Près de 40 pays font partie de la Fédération internationale de pétanque et de jeu provençal.

Quant aux concours organisés en Provence, ils rassemblent bien souvent des joueurs venus du mondes entier. A elle seule, la fédération française compte plus de 800 000 de licenciés. Mais La Ciotat reste probablement la seule ville du monde qui compte une « Avenue de la Pétanque »…

⊕ Consultez le règlement officiel de la pétanque sur le portail de la FF PJP.

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